Cancers de l'enfant

Des attentes prometteuses en pédiatrie
© Pedro Lombardi / Institut Curie

Limitant au maximum l’irradiation des tissus sains et donc les séquelles, la protonthérapie est parfaitement adaptée au traitement des enfants. « Elle permet d’irradier avec une grande précision des tumeurs pédiatriques situées en profondeur à proximité d’organes sensibles, comme le nerf optique ou certaines parties du cerveau » précise le Dr Sylvie Helfre .
La rénovation complète du centre et les nouveaux développements menés depuis 2006 ont été pensés pour que la protonthérapie soit proposée à un plus grand nombre d’enfants. « Ce sont les enfants les plus grands bénéficiaires car la protonthérapie permet de protéger les organes à risque, de diminuer les complications et de réduire le risque de deuxième cancer » ajoute-t-elle.


Les données cliniques, présentées en 2008 par l’équipe du centre de protonthérapie de Boston, qui portent sur plus de 20 ans d’expérience – chez l’adulte essentiellement – confirment une réduction du risque de second cancer de plus de 50 % par rapport à la radiothérapie classique par photons (C). Or avec l’amélioration considérable du pronostic global des tumeurs pédiatriques au cours des 30 dernières années, la prise en charge et la prévention des complications et des séquelles thérapeutiques constituent un objectif prioritaire.
Avant 2006, une cinquantaine d’enfants avait pu être traitée au centre de Protonthérapie de l’Institut Curie avec des taux de contrôle local et de survie élevés, sans toxicité majeure. Avec l’arrivée en 2006 d’une équipe d’anesthésie, une nouvelle étape a été franchie : les enfants de moins de 4 ans pouvaient dès lors être traités sous anesthésie générale, seule solution face aux contraintes que nécessite un traitement par protons chez les très jeunes enfants. Depuis cette date, 25 à 30 enfants par an bénéficient de la protonthérapie au centre.


Les derniers développements et équipements vont permettre de passer un nouveau cap. Le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE va pouvoir traiter au moins 200 patients de plus par an (et ainsi passer de 350 à plus de 550 patients par an), dont au moins 120 enfants, sur les 750 enfants qui ont besoin d’une radiothérapie chaque année en France.
Le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE dispose désormais d’un accélérateur de protons de nouvelle génération et d’une nouvelle salle de traitement avec un bras isocentrique, en plus des deux salles déjà existantes avec un faisceau fixe.
Et à l’avenir, si les besoins continuent d’augmenter, une 4e salle de traitement pourra être ouverte. Le bras isocentrique permet quant à lui d’étendre la protonthérapie à des indications jusqu’à présent inaccessibles. Avec ce bras – une structure métallique de quelque 10 mètres de diamètre et plus de 100 tonnes - le faisceau peut désormais être orienté autour du patient selon toutes les incidences.
Jusqu’à présent le faisceau de protons étant fixe et horizontal, les enfants et les adultes ne pouvaient être traités qu’en position assise ou couchée. Certaines positions étaient bien évidemment inenvisageables rendant le traitement de certaines tumeurs, notamment extra-crâniennes, impossible.

Entretien avec le Dr Sylvie Helfre, radiothérapeute à l’Institut Curie

Quelle est actuellement la fréquence des tumeurs pédiatriques en France ?
En France, 1 700 enfants de moins de 15 ans sont touchés par le cancer, chaque année. Il s’agit dans 40 % des cas de leucémies ou de cancers des organes lymphatiques et dans 60 % des cas de tumeurs dites solides, principalement des tumeurs cérébrales.
Ces cancers présentent des caractéristiques propres, ne se retrouvant pas dans les tumeurs de l’adulte : formation au niveau d’organes ou de tissus en développement, tissus tumoraux ayant de fortes ressemblances avec les tissus embryonnaires, arrêts spontanés de croissance des tumeurs…
Ce type de tumeur est quasiment inexistant chez l’adulte.

Quels sont les traitements de référence des tumeurs pédiatriques ?
Le choix du protocole thérapeutique varie en fonction de la tumeur, de son extension et de l’âge du patient. Comme chez l’adulte, le traitement repose sur le triptyque : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, seule ou en association.
L’ablation d’une tumeur localisée est pratiquée dans toutes les situations où elle est réalisable. La chimiothérapie est le seul traitement possible pour les leucémies et les lymphomes qui apparaissent simultanément en plusieurs points de l’organisme ou pour les tumeurs présentant déjà des métastases
lors du premier examen. Elle peut être faite dans un premier temps avant le traitement local de la tumeur, pendant la radiothérapie ou après le traitement local. La radiothérapie est, quant à elle, un traitement local qui peut être fait après une intervention chirurgicale ou seule lorsque la tumeur est inaccessible à la chirurgie du fait de sa localisation. Toutefois jusqu’à aujourd’hui, le recours à ce mode de traitement étaient assez limité en raison des
séquelles engendrées, notamment chez le petit enfant. La possibilité de traiter les enfants par protonthérapie, une forme de radiothérapie ultra-précise, devrait changer cette situation.

Quels avantages présentent la protonthérapie pour le traitement des tumeurs pédiatriques ?
DosimétrieDosimétrieChez les enfants, les conséquences d’une irradiation et les effets secondaires dépendent principalement de la dose totale délivrée, de la dose par séance, du volume irradié, de l’âge de l’enfant, de la localisation de la tumeur et du volume de tissu sain traversé par le rayonnement. Plus l’irradiation est précise et ciblée, plus les tissus sains seront épargnés et les séquelles moindres. Grâce à leurs caractéristiques physiques, les protons peuvent atteindre la tumeur
avec une grande précision, même si celle-ci est située en profondeur, sans affecter les tissus sains situés autour de la tumeur.
Cette forme de radiothérapie ultra-précise est donc parfaitement adaptée au traitement de tumeurs pédiatriques situées en profondeur et à proximité d’organes sensibles, comme le nerf optique l’hypophyse, le chiasma…, car elle diminue les complications et réduit le risque de deuxième cancer.

En quoi consiste le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE ?
Aujourd’hui, après 4 années de rénovation, le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE peut accueillir un plus grand nombre d’enfants. En 2006, une première étape avait été franchie avec la mise en place de l’anesthésie. La protonthérapie nécessite en effet un positionnement au millimètre près des patients et une immobilité totale pendant le traitement.
Pour les enfants de moins de 4 ans, cela implique le recours à l’anesthésie générale. Depuis lors, une trentaine de jeunes patients avaient pu être pris charge. Mais cela n’était pas suffi sant pour accueillir tous les enfants pour lesquels la protonthérapie est nécessaire.
Le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE unique en France, dispose d’un accélérateur de protons de nouvelle génération et d’une nouvelle salle de traitement avec un bras isocentrique, en plus des deux salles existantes recevant un faisceau fixe.
Grâce à ce bras isocentrique, des enfants porteurs de tumeurs jusqu’à présent inaccessibles vont bénéfi cier de ce traitement.
Chaque année, 120 à 150 enfants pourront désormais être traités au NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE.

Pour quel type de tumeur, proposez-vous la protonthérapie aux enfants ?
La protonthérapie est proposée pour des tumeurs très précises. Avant la rénovation, il s’agissait principalement de tumeurs intracrâniennes (craniopharyngiomes, chondrosarcomes, chordomes et sarcomes de la base du crâne, gliomes des voies optiques, rhabdomyosarcomes, médulloblastome et schwannome). Toutefois, comme le faisceau de protons était fixe et horizontal, les enfants ne pouvaient être traités qu’en position assise ou couchée. Certaines positions étaient donc inenvisageables, rendant le traitement de certaines tumeurs totalement impossible.
Grâce au bras isocentrique – une structure métallique de quelque 10 mètres de diamètre et plus de 100 tonnes - le faisceau peut désormais être orienté autour du patient selon toutes les incidences. Il est ainsi possible de traiter de nouvelles localisations intracrâniennes, mais aussi d’autres parties
de l’organisme : des localisations urogénitales, des tumeurs paraspinales, certains neuroblastomes, des tumeurs pelviennes, thoraciques…

Quels sont les résultats de la protonthérapie ?
Grâce aux progrès thérapeutiques, la mortalité des cancers pédiatriques diminue régulièrement depuis 30 ans. Aujourd’hui, 3 enfants sur 4 sont guéris. Le cancer reste toutefois la deuxième cause de mortalité chez les moins de 15 ans, après les accidents Et il existe une grande disparité en fonction des localisations. Ainsi, face aux tumeurs cérébrales, nous sommes encore trop souvent dans une situation d’échec. La protonthérapie va nous apporter de nouvelles possibilités de traitement.
Autre avantage majeur, la protonthérapie améliore la qualité de vie à long terme des enfants. Pour preuve, les données cliniques, présentées en 2008 par nos collègues du centre de protonthérapie de Boston aux Etats-Unis, qui portent sur plus de 20 ans d’expérience, confirment une réduction du risque de second cancer de plus de 50 % par rapport à la radiothérapie classique. Or, après les progrès considérables réalisés dans le traitement des tumeurs pédiatriques, l’enjeu est aujourd’hui de garantir la qualité de vie des enfants guéris. La prise en charge et la prévention des complications et des séquelles thérapeutiques à long terme constituent un objectif prioritaire.

En résumé, quels changements apportent ce NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE
Ce sont les enfants les plus grands bénéficiaires car la protonthérapie permet de mieux protéger les organes à risque, de diminuer les complications et de réduire le risque de tumeur secondaire.
Jusqu’à présent, seuls quelques rares enfants avaient pu en bénéfi cier en raison des contraintes techniques de l’ancienne installation.
Pour les autres, il restait la possibilité de se rendre à l’étranger, aux Etats-Unis ou en Suisse, le plus souvent aux frais des familles et avec toutes les diffi cultés induites. Ce centre d’intérêt national et européen, unique en France, va nous permettre de traiter un plus grand nombre d’enfants atteints de
cancers, dans de meilleures conditions, tout en leur offrant une meilleure qualité de vie.

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