Vers de nouvelles indications en protonthérapie

Dr Rémi Dendale radiothérapeute, responsable médical
© Pedro Lombardi / Institut Curie

Grâce à une balistique précise, les faisceaux de protons ont rapidement représenté un outil de choix pour les radiothérapeutes. Ils possèdent la capacité quasiment unique pour un rayonnement de délivrer une dose d’irradiation de façon homogène et à une profondeur extrêmement précise.

« La protonthérapie permet d’irradier avec une grande précision des tumeurs situées à proximité d’organes sensibles, comme par exemple le nerf optique ou certaines parties du cerveau » précise le Dr Rémi Dendale, responsable médical du NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE.
« Limitant au maximum l’irradiation des tissus sains et donc les séquelles, elle est parfaitement adaptée au traitement de certaines tumeurs de l’enfant. »
Chez l’adulte, le mélanome de l’oeil a été la première tumeur traitée au centre et reste l’indication la plus fréquente avec 4 000 patients traités à ce jour. « Face à cette tumeur, les thérapies classiques sont assez inefficaces. Il y a bien sûr la possibilité de pratiquer une énucléation par chirurgie, mais la protonthérapie présente l’énorme avantage de conserver le globe oculaire avec une vision utile dans 90 % des cas » ajoute le Dr Rémi Dendale. La tumeur est contrôlée dans 96 % des cas, ce qui correspond à un risque de récidive très faible, inférieure à 5 % à dix ans, pour une tumeur agressive(1). Ce qui fait de la protonthérapie le traitement de référence pour ce cancer rare.
Le centre de Protonthérapie accueille aussi chaque année une centaine de patients, adultes et enfants, atteints de chordomes ou de chondrosarcomes de la base du crâne. Ces tumeurs peu fréquentes sont considérées comme radio-résistantes et nécessitent des doses d’irradiation élevées. Le traitement de
première intention, l’exérèse chirurgicale, est souvent limité par la proximité d’organes critiques.
La protonthérapie permet d’augmenter la dose reçue par la tumeur sans générer trop de dommages dans les organes avoisinants. L’association de la chirurgie, de la radiothérapie classique et de la protonthérapie est la stratégie thérapeutique de référence pour ces tumeurs. Les taux de survie globale à 3 ans sont de 90 % et 95,8 %, pour les chordomes et les chondrosarcomes respectivement(2).
« Ce sont les enfants les plus grands bénéficiaires de la protonthérapie car elle permet de mieux protéger les organes à risque, de diminuer les  complications et de réduire le risque de tumeur secondaire » ajoute le Dr Rémi Dendale. Les données cliniques, présentées en 2008 par l’équipe du centre de protonthérapie de Boston, qui portent sur plus de 20 ans d’expérience – chez l’adulte essentiellement – confirment une réduction du risque de
second cancer de plus de 50 % par rapport à la radiothérapie classique par photons(3). Or avec l’amélioration considérable du pronostic global des tumeurs pédiatriques au cours des 30 dernières années, la prise en charge et la prévention des complications et des séquelles thérapeutiques à très long terme constituent un objectif prioritaire.
Mis à part les chordomes et les chondrosarcomes, le centre de Protonthérapie prend en charge de jeunes enfants atteints de tumeurs du système nerveux central (gliomes, craniopharyngiomes), de rhabdomyosarcomes, de tumeur de l’encéphale de type ependymomes.
En 2006, avec le développement de l’anesthésie, une étape avait déjà été franchie en ouvrant le centre aux enfants de moins 4 ans. L’installation du bras isocentrique va permettre d’aller encore plus loin. Le faisceau de protons peut désormais être orienté autour du patient selon toutes les incidences et de nouvelles indications jusqu’à présent inaccessibles, notamment des rhabdomyosarcomes urogénitaux et de nouvelles tumeurs du cerveau chez l’enfant
pourront être traitées. Le NOUVEAU CENTRE DE PROTONTHÉRAPIE accueillera au moins 120 jeunes enfants chaque année.

(1) «Proton beam radiotherapy for uveal melanoma: results of Curie Institut-Orsay proton therapy center (ICPO).» Dendale R et coll. Int J Radiat Oncol Biol Phys.2006, 65(3):780-7.
(2) «Radiotherapeutic factors in the management of cervical basal chordoma and chondrosarcoma.» G. Noël et coll. Neurosurgery. 2004, 55(6): 1252-60.
(3) «Comparative analysis of second malignancy risk in patients treated with protons therapy versus conventional photon therapy.» C.S. Chung et coll. Int J Radiat Oncol Biol Phys. 2008 ; 72(Suppl.1) :S8, abstr 17.
Author / Source : Curie@ctu